18/05/2010 – Françoise Pissart

Françoise Pissart est sociologue, diplômée de l’Université de Liège et de l’Université de Montréal. Après avoir travaillé pendant 3 ans comme chercheuse en sociologie et en pédagogie  à l’Université de Liège, la majeure partie de sa carrière s’est déroulée à la Fondation Roi Baudouin, une Fondation reconnue en Belgique et en Europe pour ses programmes visant à améliorer les conditions de vie de la population. Elle dirige entre autres les domaines d’action liés à la pauvreté et la justice sociale ainsi qu’aux migrations internationales.

Pendant 4 ans, Françoise Pissart a été directrice adjointe d’une organisation oeuvrant en faveur de l’égalité entre hommes et femmes, le centre Amazone.

Elle continue de stimuler l’intégration d’une approche de genre dans les activités de la Fondation Roi Baudouin et dans le secteur des fondations européennes.

Enquête sur la situation financière des femmes : casser le tabou et prévenir les risques de pauvreté

Une enquête

L’an dernier, la Fondation Roi Baudouin s’est associée avec Comeva, un projet commun des magazines de Sanoma pour la réalisation d’une grande enquête sur la situation financière des femmes.

2.313 femmes ont participé à l’enquête. Grâce à ces magazines grand public et à travers le réseau de la Fondation Roi Baudouin, l’on a cherché à toucher des femmes qui auraient été plus difficilement atteintes par d’autres moyens.

Parmi les femmes qui ont répondu à l’enquête, 7% disent ne pas s’en sortir du tout avec leurs revenus. A côté d’elles, 15% peinent à nouer les deux bouts. En additionnant les deux chiffres, on constate donc que 22% des répondantes éprouvent des difficultés financières. Ce chiffre correspond aux données des statistiques nationales. 38% des répondantes qui éprouvent des difficultés financières ont un diplôme de l’enseignement supérieur.

Ces femmes sont confrontées au quotidien avec les clichés qui vivent dans la société. Un cliché particulièrement bien ancré est “Celui qui veut vraiment travailler peut toujours arriver à s’en sortir.”

Parmi les 22% de femmes qui éprouvent des difficultés financières, 60% disent que la vie est tout simplement trop chère pour une femme seule ; 52% d’entre elles disent gagner trop peu ; 48% ont eu beaucoup de malchance dans la vie ; pour 31% d’entre elles, leurs problèmes sont dus au fait que leur ex-conjoint ne paie pas ou trop peu de pension alimentaire ou d’aide financière.

Conséquences importantes des difficultés financières: 77% sortent peu, 68% essaient de cacher qu’elles ont du mal à s’en sortir et 59% n’osent pas demander d’aide financière. Plus encore, 47% des répondantes disent que leur entourage ne sait pas qu’elles ont des difficultés.

Le tabou est donc grand, tant chez les femmes qui n’osent ou ne veulent pas demander de l’aide que dans l’entourage, où on ne veut pas être confronté au problème ou on le nie.

Des pistes pour l’action

Un des objectifs de l’initiative était de sensibiliser les femmes aux répercussions de leurs décisions, souvent prises à la naissance des enfants, sur leur carrière, leur autonomie et plus tard, leur pension. Comeva et la Fondation ont aussi voulu indiquer des pistes pour une prévention des risques de pauvreté, notamment par une meilleure information des femmes, en publiant un guide pratique « Check, tout sur les femmes et l’argent ».

Dans la foulée de l’enquête, la Fondation vient de lancer une réflexion avec des acteurs du terrain pour examiner comment renforcer les efforts de prévention et d’information, et améliorer l’accessibilité des services et des institutions. Un paradoxe fondamental a émergé des premières discussions : malgré une pléthore d’initiatives diverses, les services d’aide restent insuffisamment connus. Et en même temps, ces services sont déjà saturés. Enfin, s’il importe de faciliter l’accès, éviter de renforcer la culpabilité individuelle et poursuivre résolument la lutte contre la précarisation croissante de la population doivent rester des priorités.

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