18/05/2010 – De Vriendt 1

Licenciée et agrégée en Philologie romane, Isabelle De Vriendt a enseigné douze ans dans une école à pédagogie active de Bruxelles, l’Ecole Decroly. Elle y a développé une réflexion sur la pédagogie participative en la vivant, pour la poursuivre dans l’éducation non formelle, en travaillant comme détachée pédagogique au Centre d’Information et de Documentation pour Jeunes, une fédération de centres d’information de la Communauté française (www.cidj.be). Elle y a créé plusieurs outils de sensibilisation : Racismes et discriminations (2004), dossier et fiches d’animation axés sur les mécanismes qui mènent aux discriminations,  et Une place à prendre (2006), jeu de rôle pour sensibiliser les jeunes à la participation citoyenne au niveau communal.

Isabelle De Vriendt travaille à l’asbl Flora (www.florainfo.be) depuis 2008, et réalise avec les formateurs-trices et les femmes en insertion socioprofessionnelle un nouvel outil de sensibilisation à la participation citoyenne (titre provisoire : Du « Je » au « Nous »/Van « Ik » naar « Wij »), et cela en suivant une méthodologie basée sur la co-construction des savoirs. Cet outil est financé par le Fonds d’Impulsion à la Politique des Immigrés. Elle est également chargée d’un projet subsidié par le Fonds social européen, Forum Insertion et Genre, qui vise à favoriser et à soutenir les associations d’insertion socioprofessionnelle et leurs publics.

Analyse genrée de la crise sociétale ou comment comprendre l’impact de la crise sur les femmes ?

A priori, ce sont les hommes qui sont victimes de la crise, et c’est cette image qui est visible, dans les médias, dans les entreprises et dans la rue. Pourtant, même si, dans certains secteurs, ce sont les hommes qui sont directement touchés par la crise, celle-ci a également un impact sur les femmes, dans le sens où les secteurs traditionnellement féminins sont touchés par une concurrence plus grande. Le fait que les femmes soient ainsi touchées par la crise n’est qu’un élément parmi d’autres qui soulignent les mécanismes structurels du marché de l’emploi.

Pour mieux comprendre ces mécanismes structurels, il s’agit de développer une analyse genrée du travail : comment s’organise la répartition des rôles dans la société ? Comment ces rôles sont-ils valorisés ? Un cadre d’analyse a été développé par l’asbl Flora avec et sur la base du vécu des femmes peu scolarisées (recherche JUMP effectuée par l’asbl Flora et le Service de l’Egalité des Chances du Ministère de l’Emploi et du Travail) : il s’agit de mettre en évidence les 4 types de travail nécessaires au bon fonctionnement d’une société (travail productif, travail pour soi, travail social et travail de soin), avec l’objectif de trouver un équilibre, véritable travail en soi. Et trouver un équilibre, c’est aussi sortir des mécanismes d’exclusion liés au système sociétal.

Or, la crise financière a des implications dans  l’économie et dans le social, avec une survalorisation du travail productif au détriment des autres types de travail. Au sein de ce déséquilibre, les femmes et les personnes d’origine étrangère sont défavorisées : une économie financière sera ‘productive’ (en terme de profit) si elle utilise des gens qui sont exclusivement disponibles pour le travail productif et ne ‘perdent’ pas leur temps à d’autres formes de travail. Les personnes fragilisées le sont encore plus maintenant que le secteur financier et économique est mis à mal. Ce n’est pas un hasard si les reportages sur l’endettement des femmes se multiplient. La tendance est à la culpabilisation plutôt qu’à la mise en évidence des facteurs qui mènent les femmes à l’endettement et, plus globalement, des éléments d’un modèle socio-économique qui crée de l’exclusion.

Paradoxalement, c’est aussi au niveau du secteur de l’insertion socioprofessionnelle que certains groupes, dont celui des femmes précarisées, sont touchés. A Bruxelles particulièrement, la demande de formation se fait de plus en plus pressante. Le risque d’une telle demande, face à une offre insuffisante est que les associations d’insertion elles-mêmes soient des lieux d’exclusion pour les personnes les plus fragiles. Ce risque est d’autant plus  important que les pouvoirs subsidiants imposent aux associations des résultats quantitatifs quant à la mise à l’emploi des personnes en insertion.

Ces mêmes associations sont donc elles-mêmes soumises à une logique productive, sans reconnaissance du travail social qu’elles réalisent. Les pouvoirs subsidiants forcent ainsi les associations à collaborer à la croissance du fossé social, alors que leur mission première est d’y remédier… Mettre en évidence les paradoxes d’un fonctionnement est la première étape d’une construction d’une société égalitaire.

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